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The Most Dangerous Man in America - Documentaire (2009)

Documentaire de Judith Ehrlich et Rick Goldsmith 1 h 32 min 11 septembre 2009

En 1971, Daniel Ellsberg, un brillant analyste employé comme consultant par le Pentagone, fait parvenir au New York Times un dossier sur la guerre du Vietnam classé secret défense. Ce document de 7000 pages révèle les mensonges d’Etat sur cette guerre. Daniel Ellsberg devient alors l’homme le plus recherché en Amérique. Henry Kissinger, alors conseiller de Nixon à la Défense nationale, le baptise “l’homme le plus dangereux des Etats-Unis”. Richard Nixon le qualifie lui de “fils de pute”. Daniel Ellsberg sera poursuivi pour vol, conspiration et espionnage.

Film The Most Dangerous Man in America - Documentaire (2009)
SERVEUR 1

Le vrai courage, ce n’est pas de trouver la force d’obéir et d’être au service d’une guerre injuste, de couvrir des mensonges, d’accepter de travailler sous les ordres d’un chef qui abuse de son pouvoir. Le vrai courage, c’est d’affronter honnêtement la réalité de notre action dans le monde et de s’investir personnellement pour en changer le cours Daniel Ellsberg

40 ans avant Bradley/Chelsea Manning fournissant des centaines de milliers de câbles confidentiels à Julian Assange de Wikileaks, et Edward Snowden et ses révélations à Glenn Greenwald, du Guardian, Daniel Ellsberg transmettait un document de 7.000 pages, les Pentagon Papers, à des reporters du New York Times, puis du Washington Post, ce qui eut pour conséquence, à moyen terme, de déclencher le processus qui entraîna, au final, la démission de Richard Nixon en 1974. Ce passionnant documentaire d’1h30 revient sur l’histoire de cet homme brillant, analyste au Pentagone, directement impliqué dans certaines prises de décisions quant au conflit vietnamien, et sur son changement progressif d’opinion et d’attitude, jusqu’à devenir militant pacifiste, puis acteur de désobéissance civile avec la divulgation de ce rapport classé Top Secret.

Sur fond de photos et de films d’archive, d’interviews des différents protagonistes de l’affaire et d’Ellsberg lui-même, d’époque ou récentes, les deux réalisateurs prennent le parti de narrer cette importante controverse qui a secoué les Etats Unis, de manière chronologique, le revirement idéologique du jeune homme étant étroitement lié au déroulement de la guerre en Asie du Sud-Est. Ellsberg, au cours des divers entretiens constituant ce film, revient donc sur son embauche au Pentagone en Août 1964, raconte le sentiment de honte qui l’a envahi suite à la rédaction d’un rapport qui a contribué à déclencher des bombardements systématiques au Nord-Vietnam, son déplacement sur place, au cœur du conflit, dans le but de mieux le comprendre, mais aussi les doutes qui ont commencé à assaillir McNamara, secrétaire de la défense, au point de demander au Pentagone l’établissement d’un rapport ultra confidentiel sur l’engagement américain au Vietnam, auquel Ellsberg participe en tant qu’Expert.

Les découvertes d’Ellsberg pendant les recherches et la rédaction du rapport mettent à jour les doubles discours des élites (soucieux dans le privé mais sûrs d’eux et rassurants en publics, n’ayant aucun scrupule à proférer des mensonges plus gros que la Maison Blanche) mais surtout les manipulations des diverses présidences, depuis Truman jusqu’à l’actuelle, Nixon ayant remplacé Johnson, et ce, dans le but de mener la politique qu’ils souhaitent, comme ils le souhaitent, au mépris de toutes les règles de base d’une démocratie. Parfait exemple que constituent ces enregistrements audio privés de Nixon s’entretenant avec Kissinger, si choquants qu’ils feraient presque passer Madeleine Albright, qui estimait que le demi-million d’enfants irakiens morts pendant l’embargo était « un mal nécessaire », pour une postulante au Prix Nobel de la paix.

Des rencontres décisives lors de manifestations pacifistes, notamment avec Randy Kehler, objecteur de conscience et sous le coup de 5 chefs d’inculpation passibles de 5 ans d’emprisonnement chacun, bouleversent profondément Ellsberg et l’amènent à définitivement tourner le dos à son passé de fonctionnaire des armées. Prêt, lui aussi, à risquer sa liberté pour ce en quoi il croit, il transmet donc ce rapport en mars 1971, provoquant des remous à tous les niveaux, la fureur de Nixon étant sans limite. Les hésitations des journaux devant l’ampleur du dossier et les risques encourus, les publications qui s'ensuivirent, les tentatives de censure, le procès pour espionnage, tout est relaté avec force détails, notamment la volonté par la Maison Blanche de démolir Ellsberg médiatiquement.

Quand on ne peut pas vous tuer, on vous discrédite

Dire que personne ne croyait Jim Garrison, quelques années auparavant ...

Daniel Ellsberg, profondément touché par ce conflit meurtrier et tout autant par les manipulations gouvernementales, était empli d’espoir sur la portée de sa décision et avait la certitude que le sacrifice de sa carrière et de sa vie personnelle ne serait pas vain :

Je crois que quand ils auront lu ces documents, nos concitoyens se diront qu’ils n’ont pas été assez exigeants envers leurs élus, pas assez audacieux avec nos responsables. Si l’on retient cette leçon, je crois que nos institutions fonctionneront mieux que dans le passé.

Mais la réélection de Nixon, en 1972, entrainant avec elle la volonté d’intensifier encore plus les bombardements au Vietnam, ancre un profond sentiment d’amertume chez celui qui encourait 115 ans de prison :

J’ai renoncé à ma carrière, j’ai mis en jeu ma liberté dans l’espoir que le peuple américain, en découvrant les mensonges et les mythes qu’on lui sert depuis 25 ans pour le convaincre de soutenir cette boucherie, s’opposerait à la guerre. On court le risque en faisant cela, de découvrir une facette de ses concitoyens que l’on ne veut pas voir. Et, en effet, ils ont entendu le message, ils ont bien reçu et compris l’information mais ils choisissent de l’ignorer.

Le plus terrible étant surtout de constater que 40 ans plus tard, rien n’a changé dans un pays qui s’apprête à élire Hillary Clinton au poste suprême. L’endoctrinement de la population semble telle qu’aucune déclaration, aucune révélation ne semble pouvoir changer le cours des choses.

Cette affaire, l’ayant changé à tout jamais, il parviendra à dépasser sa déception et continuera, jusqu’à ce jour, à défendre ardemment la paix et les droits civiques. Lauréat en 2006 d’un Prix Nobel alternatif, pour « avoir placé la paix et la vérité en premier, au mépris de risques personnels considérables, et avoir consacré sa vie à inspirer les autres à suivre son exemple », il militait il y a quelques années encore, pour l’ouverture d’une enquête indépendante sur les attentats du 11 septembre. Mais surtout il figure parmi les premiers, en tête de cette liste recensant les personnalités prêtes à risquer leur carrière et leur liberté au nom de leurs convictions profondes, et pour lesquels les mots de Gandhi n’ont pas été vains :

La désobéissance civile devient un devoir sacré quand l’état devient hors-la-loi, ou, ce qui est pareil, corrompu.