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Winter Vacation - Film (2011)

Film de Li Hongqi Drame 1 h 31 min 23 février 2011

Un petit village du nord de la Chine en hiver. Quatre adolescents déambulent dans les rues de leur quartier, ne sachant comment occuper leurs derniers jours de vacances. Ils guettent la moindre occasion de tromper l'ennui, débattent de tout et de rien pour le plaisir de se disputer. Au milieu d'échanges absurdes, les peines de cœur côtoient la critique de l'enseignement scolaire, après avoir tranché sur les lendemains du communisme national...

Film Winter Vacation - Film (2011)
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Je crois que même Les Inconnus n'auraient pas osés aller si loin dans la caricature du film dit d'auteur, contemplatif et asiatique de surcroît. Comprenez que vous serez submergé par l'action d'un raccord dans le mouvement (dans le MOUVEMENT mec !) autour d'un bonnet en laine mollement jeté. Donc oui, c'est lent, très très lent, et il ne se passe rien, mais alors rien du tout !

Mais ce vide c'est celui dans lequel se propage un boulet de canon à pleine vitesse. Donc forcément, si on vous dépose là, vous ne savez pas que vous êtes à cheval sur un Scud à 300000 km/s jusqu'à la déflagration finale, qui est alors très, très violente. Or la déflagration a lieu dans une salle de classe en deux temps : un, percussion à la craie d'un tableau noir : « How to be a person useful to society ? » ; et deux, explosion dans un son dévastateur de The Top floor circus qui fait éclater à l'universel la dimension du film.

Il n'est jamais évident de considérer comme un chef-d'oeuvre un film si dénudé. Pourtant, j'estime qu'il est à peu près parfait. Li Hongqi maitrise redoutablement son cinéma. Le genre de bonhomme à balancer 25 pavés à la seconde (oui, on est passé au numérique, et à l'automatique qui plus est). C'est du cinéma de destruction massive.

Reprenons. Li Hongqi filme la vacuité des vacances (jusque là tout va bien) et de l'existence (donc là, il y a un problème) d'adolescents chinois.

On ne peut pas ne pas penser directement au cinéma de Gus Van Sant. Chez lui aussi les adolescents sont plongés dans la vacuité de l'existence. Chez lui aussi on brise le silence du vide par une violente déflagration finale : un carnage dans une université (le fantastique « Elephant »), se tirer une balle (le très bon « Last Days »), étrangler son double (l'excellent « Gerry »). Mais la comparaison s'arrête nécessairement. Chez Van Sant, c'est l'individu ou l'individu-type (l'adolescent par exemple) qui est perdu et sans avenir, condamné à la « Permanent Vacation » (là, la référence à Jarmusch est explicite. Pas de chance, je m'en souviens plus vraiment). Donc l'individu, pas le modèle de société qui est lui plus vertueux encore que la société qu'il engendre : l'ascension d'Harvey Milk contre la société, par le modèle de la société (l'american dream). Mais il prend le problème à l'envers. Il pense tenir la conséquence et cherche donc la cause. Or, ce qu'il tient pour cause, c'est en fait la conséquence. Et ce qu'il tient pour conséquence n'est qu'une anecdote, un fait divers. Donc si vous m'avez suivi, il reste une cause à identifier, mais ça leur, ça nous, arrache les oreilles de l'entendre : il n'y a aucun avenir à l'american ou à l'european way of life !

Et Li Hongqi de scander courageusement qu'il n'y en a pas plus dans les chinoiseries (courageusement parce que penser au château de sable qu'on va pouvoir faire sur la plage quand on nous maintient encore la tête sous l'eau, c'est courageux).

« - Qu'est-ce que tu veux être quand tu seras grand ? - Je veux être orphelin. » Ouch, le père Mao assassiné par un gosse de 6 ans. Veni, vici. Direct. Pas besoin de tergiverser. Au suivant. On signe d'ailleurs dans le même élan (sans avoir à réfléchir outre mesure) l'acte de divorce des Chinois avec le « socialisme à la chinoise » (dans la scène c'est une femme qui se sépare de l'homme au col... mao ! #coincidencejenecroispas).

« - J'arrête les études et je vais contribuer à la réalisation du socialisme à la chinoise. - Eh bien mon gars, si tu pars avec des idées pareilles, je crois bien que tu seras davantage un fardeau pour notre pays... ». D'ailleurs on peut légitimement penser que les déflagrations lointaines que l'on perçoit tout le long du film, soient celles de la lutte de ce socialisme à la chinoise. Or, personne n'y accorde le moindre intérêt. Une simple musique d'ambiance redondante...

« La vie ne semble jamais finir... » dit l'un. D'ailleurs, en parlant d'éternité, « - Quel est ton rêve ? - Mon rêve c'est de me marier avec toi, d'avoir un enfant et de l'élever pour qu'il se marrie, qu'il ait un enfant qui se mariera et qui aura un enfant, et ce à l'infini, pour perpétrer mon bas-ventre. - A l'infini ? Tu ne risques pas de t'épuiser ? ». (Ouais, il nous avait prévenus juste avant qu'elle n'était pas très fute-fute) C'est donc ça, avoir l'éternité devant soi, c'est n'avoir aucun avenir. Merde alors, je croyais naïvement que la fin de l'histoire c'était réservé à nos démocraties occidentales. Pour Li Hongqi c'est donc pareil à l'Est.

Donc la question ce n'est peut-être pas d'être ou de ne pas être libre (la liberté n'est que nécessaire, or aucune nécessité ne peut faire projet. Qui oserait sérieusement faire du bien-être un projet de société ? Qui ça ? Ah oui.), la question c'est peut-être comment être utile à la société ? Et là, l'histoire retrouve de l'horizon, en Chine, comme ici. Hongqi refuse de se résoudre à la « vacuité permanente » : après l'hiver, le printemps.

Donc reprenons à zéro. Comment êtes-vous utile à la société ?