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Sur la planche - Film (2012)

Film de Leïla Kilani Drame 1 h 46 min 1 février 2012

Tanger. Aujourd'hui, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Elles sont ouvrières réparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger. «On est là» disent-elles. De l'aube à la nuit la cadence est effrénée , elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont rares. Petites bricoleuses de l'urgence qui travaillent les hommes et les maisons vides. Ainsi va la course folle de Badia, Imane, Asma et Nawal...

Film Sur la planche - Film (2012)
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Finalement, il y a peu de film dont j'ai vraiment envie d'écrire une critique. Pas juste une phrase pour dire ça c'était bien et ça non, mais vraiment en parler, sur le fond, sur la forme, sur tout. Celui là, j'ai envie de le défendre, depuis le début. La première fois que je l'ai vu c'était à l'occasion du festival Arte Mare. J'étais au jury jeune, c'était la fin de la semaine, on commençait à être fatigué. Beaucoup de films vus, aucun ne m'avait vraiment enthousiasmée. J'en avais même détesté pas mal. Puis il y a eu Sur La Planche. Je me souviens m'être retrouvée avec d'autres membres du jury à la fin de la projection totalement extatiques. Au final, ça se jouait entre les femmes du Bus et lui et le film de Leila Kilani a gagné à 10 voies contre 5. Si ce film nous a (ou plutôt "m'a" puisque ça n'est pas la peine d'engager la parole de mes camarades, même s'ils ne me désavoueraient probablement pas) tellement plu c'est pour de multiples raisons.

L'histoire se passe à tanger. Mais pas le Tanger qu'on s'imagine, nous, avec ses hotels 5 étoiles et son coté carte postale. Non, tanger en huis clos, dans une usine aux allures de décors de science-fiction où l'on épluche des crevettes à la chaîne et tanger la nuit, souvent sous la pluie. Contraste permanent entre le blanc quasi chirurgical du premier et l'obscurité du second. Ou alors sa zone franche, immense, imposante. C'est là que vont évoluer quatres jeunes filles. D'abord Badia et Imane. Badia, finalement, c'est l'axe du film, c'est la fureur de vivre, le refus d'être une fille crevette, de laisser cette odeur nauséabonde s'incruster sous sa peau. Un des personnages les plus fascinants qu'il m'ait été donné de voir au cinéma ses dernières années. Imane, elle, elle suit comme elle peut. L'une et l'autre pourraient être les deux facettes d'une même personne, celle qui fonce tête baissée et celle qui hésite ou tout simplement qui doute d'avoir la force nécessaire pour aller de l'avant aussi vite. La nuit elles sortent, volent, se prostituent. Un soir, elles vont rencontrer Nawal et Asma, filles textiles le jour à qui Badia fera croire qu'elle et Imane aussi travaillent à la zone franche. Elles vont voler ensemble, très vite, se lier d'une amitié incandescente qui les tirera et Badia la première vers le bas, notamment en la séparant définitivement d'Imane. Parce que oui, et c'est la deuxième chose qui m'a séduite, ce film est un teen movie (pas genre american pie hein). Une histoire comme on ne peut en connaître qu'en étant jeune. Et la fin ne fait que démontrer une chose qu'on a tous vécus adolescents : à chaque fois qu'on a réellement changer on s'est séparé de l'un/e de nos meilleur/es ami/es.

Le film joue également avec les codes du polar, monter un casse, trouver une équipe, se faire arrêter. Et s'il montre à n'en pas douter certaines réalité sociales et économiques d'un pays, il ne se fait à aucun moment le chantre de la jeunesse prolétarienne. Cette histoire aurait pu se passer n'importe où, avec n'importe qui. Pas forcément des ouvriers, pas forcément au maroc. C'est pour ça aussi que notre jury jeune s'est emballé, on s'est tous dit : ça aurait pu être nous.