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La Belle et la Bête - Film (2014)

Film de Christophe Gans Fantastique, romance et thriller 1 h 52 min 12 février 2014

Pour sauver son père, prisonnier dans un château dont le maître des lieux est une Bête terrifiante, Belle, une jeune fille naïve va sacrifier sa liberté et consentir à rester auprès de la créature.

Film La Belle et la Bête - Film (2014)
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Pardonnez-moi ce titre franchouillard, mais ce film est quand même un festival de nibards. Ceux de Léa Seydoux, parente du tout puissant Jerôme Seydoux qui coproduit et distribue ce luxueux film. Corsetés, push-up-isés, décolletés, compressés, gonflés, débordés, et même agrippés. Je ne sais quoi dans ce film et dans cette paire de mamelons ivoiriens ont agité en moi un intérêt soudain pour deux objets aux côtés desquels je reste souvent de marbre.

Le seul problème c'est qu'ils m'ont juste fait marrer, tant ils étaient visibles, désignés, voire au centre de la plus belle séquence du film qui s'achève sur un éclat de rire totalement compulsif alors que c'est un climax romantique.

Voilà pour les palabres. Sinon, le nouveau film de Gans, très attendu pour de multiples raisons, garde la marque de ce cinéaste étonnant : don pour filmer des lieux désertiques et inhospitaliers (ici une forêt enneigée et menaçante), jeu sur les couleurs violemment maniériste (le blanc, le rouge, le noir et puis quelques touches de bleu et de vert) et volonté d'un syncrétisme un peu bordélique et qui nuit au film tout autant qu'il le sert.

Finie, loin la version de Cocteau, encore aujourd'hui le plus beau film adapté du conte. On en garde pendant un premier temps la structure et la première partie (ratée dans ses grands traits ici) puis l'hétérotopie du domaine de la Bête donne des ailes au cinéaste qui nous livre des décors grandiloquents, kitschounets mais magnifiques. Bien sûr il y a des scories : quelques fonds vert un peu hideux, les sidekicks mignons trop disneyiens même si un flashback les justifie, et toute une dernière partie qui semble bâclée en post production.

Côté interprétation, Seydoux n'est pas trop mal, voire très bonne dès qu'elle est chez la Bête, tandis que Cassel est la grande idée du film. Acteur taillé pour le rôle, voix envoûtante, magnétisme animal, tout y est, et avec le recul il est un choix plus légitime que Jean Marais à l'époque (si on considère que la Bête doit être un symbole de sauvagerie et de virilité). En revanche, d'énormes bémols sont à distribuer côté seconds rôles : Eduardo Noriega, doublé pour les besoins du film, est une tâche horrible et insupportable. Il joue comme un pied et son doublage est effectué à la truelle. Dussolier est totalement sous utilisé et les touches d'humour lancées ça et là (Lamy notamment) ne fonctionne pas et rompent le charme fragile du film.

Plus généralement, le dispositif narratif est faible, avec d'insupportables et creuses séquences de lecture totalement intempestives qui aboutissent sur un épilogue fadasse et mièvre à souhait, culminant sur l'abominable chanson de fin. Le film montre dans ces moments à quel point il est capable du pire, mais connaissant le Gans de la violence du Pacte des loups, de Silent Hill (dont on retrouve beaucoup d'éléments oniriques / cauchemardesques et une partie de l'épilogue merveilleux) et du Necronomicon, on se demande si la production n'est pas à blâmer pour cette dimension pâlement hollywoodienne.

Le film n'est jamais aussi bon que quand il s'ouvre au rêve et au mystère : fuite nocturne dans la neige et grand moment de cinéma, découverte des lieux qui évoque la description antique des Enfers, clins d'oeil au cinéma d'horreur et à sa réinterprétation par le classicisme "familial" (une séquence évoque directement la quenotte de la Belle au bois dormant). Et puis, les errances oniriques de Belle, sous le signe coctaldien du miroir, avec de belles trouvailles visuelles et un enrichissement de l'histoire où l'on découvre l'origine de la malédiction de la Bête. C'est follement romantique, un peu kitsch mais pas de manière gênante, et l'ensemble est vraiment séduisant. Course-poursuite sur la glace (et nichons), exploration du palais, forêt qui se referme sur Belle... On ne s'ennuie pas ou très peu et on compte les fautes.

On regrette donc assez évidemment que Gans n'ait pas osé la violence et la sauvagerie qu'appelaient une telle histoire pour se diriger plus avidement vers le grand spectacle familial et ses nombreux travers. Un bel esthète peut-être un brin muselé, c'est dommage mais le résultat est stimulant à bien des aspects et évite la catastrophe annoncée. Les décors et les costumes sont par ailleurs absolument superbes.