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M - Documentaire (2019)

Documentaire de Yolande Zauberman 1 h 45 min 20 mars 2019

«M» comme Menahem, enfant prodige à la voix d’or, abusé par des membres de sa communauté qui l’adulait. Quinze ans après il revient à la recherche des coupables, dans son quartier natal de Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs ultra-orthodoxes. Mais c’est aussi le retour dans un monde qu’il a tant aimé, dans un chemin où la parole se libère… une réconciliation.

Film M - Documentaire (2019)
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« Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu’il y a quelqu’un derrière moi. Et c’est moi-même ». C’est par ces mots que l’assassin du film mythique de Fritz Lang M le maudit revient sur ses crimes. L’ignominie de certains actes dépasse l’entendement de tous… en ce compris l’auteur-même du crime. Il n’est pas question d’assassinats dans ce documentaire tourné en Israël, mais de forfaits plus répugnants encore : le viol sur mineurs.

Caméra au poing, la réalisatrice Yolande Zauberman suit Menahem Lang, un chanteur lyrique violé à de multiples reprises dès ses quatre ans. Celui-ci retourne à Bneï Brak, le quartier ultra-orthodoxe de son enfance, pour se confronter à ses abuseurs et se mue peu à peu en chantre des âmes perdues trop tôt.

Lorsqu’il chante, les sons chevrotants qui émanent de sa bouche retentissent comme des élégies, sortes de complaintes dont la catharsis n’a que trop tardé. Il brise l’omertà d’un monde rigoriste où l’immixtion du séculier dans les mœurs a figé la sexualité à un carcan où l’homme et la femme sont étrangers à leurs propres impulsions charnelles.

A chacune de ses rares interventions, Zauberman parvient à frapper les esprits. Ses sentences tranchent net comme des couperets. Elle maîtrise parfaitement le jeu de funambule qui entoure le traitement de sujets aussi sensibles, et réussit la gageure d’élargir le débat de la pédophilie, d’ordinaire manichéen, à une complexité désarçonnante. Sans l’excuser, mais sans non plus vouloir l’oblitérer.

La multiplicité des protagonistes, et donc des points de vue, enrichit les échanges et met en lumière un Israël loin des clichés rétrogrades qui s’y rattachent, ouvert au discours contradictoire et même à une évolution des mœurs. La réalisation se veut humble et sans fioritures, de sorte à mettre en valeur les protagonistes et les différents face-à-face les opposant.

Le cheminement de Menahem le mène, ainsi que son entourage, à reconsidérer ses positions, aussi bien sur le genre, sur les rôles respectifs de la famille et du clergé, que sur le sexe. Au point d’en aimer ceux-là mêmes qu’il avait maudits.