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Le Cas Richard Jewell - Film (2020)

Film de Clint Eastwood Biopic, drame et policier 2 h 11 min 19 février 2020

En 1996, Richard Jewell fait partie de l'équipe chargée de la sécurité des Jeux d'Atlanta. Il est l'un des premiers à alerter de la présence d'une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté... de terrorisme, passant du statut de héros à celui d'homme le plus détesté des Etats-Unis. Il fut innocenté trois mois plus tard par le FBI mais sa réputation ne fut jamais complètement rétablie, sa santé étant endommagée par l'expérience.

Film Le Cas Richard Jewell - Film (2020)
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Il a toujours régné une certaine incompréhension de notre côté de l'Atlantique, nourri de valeurs politiques qui ne sont pas celles des USA, quand à la position de Clint Eastwood : on l'a à ses débuts traité régulièrement de "facho", et aujourd'hui qu'il a établi une réputation de grand réalisateur, l'âge qui s'avance semble autoriser nombre d'ex-thuriféraires à moquer son obsession pour les "héros américains", traitée de sénile. C'est évidemment injuste, et la sortie de ce remarquable "Richard Jewell", sans doute son meilleur film des dix dernières années, devrait permettre de remettre les pendules à l'heure (jusqu'au prochain film, au moins...).

Clint est un homme de droite à l'américaine, c'est-à-dire qu'il mise sur l'individu au détriment de la société : c'est clairement un libertaire - l'anarchiste n'est jamais bien loin, en fait - au sens où il considère que l'organisation de l'état est certes nécessaire (il a été maire de sa ville de Carmel à une époque...), mais doit être surveillée car les tentations totalitaires ne sont jamais loin (les abus du FBI que narre "Richard Jewell" sont absolument stupéfiants, et on a bien peur qu'ils ne soient vrais !). Il n'a évidemment rien à voir avec l'homme de droite - le réactionnaire - à l'européenne, puisqu'il a toujours, depuis ses premiers films, considéré l'égalité entre femmes et hommes allant de soi, les préjugés raciaux comme immondes, et n'a jamais fait preuve - à notre connaissance du moins - du moindre mépris ni hostilité vis à vis de la population LGBT. La religion est un non-sujet chez lui, même si on l'imagine chrétien. Clint croit en l'humanité, et même s'il sait bien que l'homme peut être mauvais (voir le personnage, indiscutablement trop caricatural, de la journaliste arriviste), il croit toujours que la rédemption est possible (la petite larme sur la joue de cette journaliste).

Quant au "héros américain", il s'agit pour Clint avant tout de l'homme de la rue - pas si loin de ce que nous disait Capra en fait, depuis l'autre bout de l'échiquier politique : Richard Jewell n'est pas un héros, il fait "juste son boulot", avec enthousiasme et détermination. Et même avec un (petit) grain de folie en plus, car Eastwood n'a jamais rien eu non plus contre les personnages borderline, qui peuplent une bonne partie de ses films. Ce qui est original, et assez fort en fait dans "Richard Jewell", c'est de choisir pour "victime du système" l'un de ces Américains moyens universellement moqués, avec leur passion pour les armes et leur abyssal manque de culture : pour être une sorte de "white trash", cet homme n'a-t-il pas pour autant droit à la considération de l'état, des médias, ou même simplement de ses voisins ? Parfaitement interprété - avec une légèreté délicieuse - par Paul Walter Hauser, Richard Jewell aura droit en tout cas à la considération du réalisateur, qui lui dédira avec patience et respect toute son attention.

Car on retrouve ici ce qu'il y a de meilleur dans le cinéma de Eastwood, pas si diminué que ça donc par les années : ampleur de la mise en scène "classique", rythme impeccable, laissant une respiration parfaite au sein des scènes les plus fortes, attention aux détails, avec toujours cette élégance un peu ludique dans la narration, même dans les moments les plus tragiques. Et puis cette incroyable facilité à faire naître l'émotion : on en connaît qui s'irritent de pleurer autant devant les films de Clint Eastwood, c'est pourtant dans ces larmes abondantes qu'on reconnaît l'empathie, la générosité de son geste cinématographique.

[Critique écrite en 2020]