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Le Goût de la haine - Film (2020)

Film de Jan Komasa Animation, drame et thriller 2 h 09 min 6 juillet 2020

En travaillant dans l'univers de la diffamation sur les réseaux sociaux, un jeune homme sans scrupules apprend vite les conséquences bien réelles du vitriol virtuel.

Film Le Goût de la haine - Film (2020)
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Pas mal ce film polonais ! Bon, comme on pouvait s'y attendre, il y a quelques clichés mais c'est tout de même assez nuancé. On suit Tomak, joué par un acteur absolument brillant, qui vient de se faire renvoyer de l'université pour avoir triché. Sa réaction ? Vouloir un autographe d'un des profs éminents qui vient de l'expulser, et détruire tout espoir d'essor social. Car Tomak vient de rien, mais c'est un battant, un calculateur et un séducteur, qui cherche à exploiter tout ce qui est exploitable. Cet autographe, il s'en servira pour tenter de séduire une famille de la haute bourgeoisie de Varsovie dont il aime la fille. Et en un enregistrement, on comprend la vision du réalisateur, un peu à la Kechiche sur ce sujet : les codes de classes restent une barrière infranchissable. "Une erreur est on n'est plus rien" comme dit dans le film. Lui a du mal à éplucher une crevette et s'est trop parfumé. Pourtant ça le trahit. Mais je m'étends sur l'analyse de classe. On est sur un thriller politique, en usant d'un sujet devenu central : les usines à troll. Tout n'est pas expliqué mais ce film sert à comprendre le pouvoir/l'influence de cette nouvelle variable. Tomak est engagé pour détruire l'image d'un candidat progressiste à la mairie (un genre d'Emmanuel Macron polonais). Tous les moyens sont bons (écoutes illégales, attaques sur l'orientation sexuelle, fausses marches, fausses nouvelles...). En même temps, il use de son charme social et de son culot pour entrer dans son équipe de campagne et jouer sur les deux plans. S'il n'est pas clairement exprimé, j'ai senti un dilemme chez Tomak : le détruire pour épancher sa rage contre l'élite injuste envers lui et ses efforts, ou aider ce candidat progressiste tant il est reconnu par lui et lui permet de s'élever socialement (lui permettant d'approcher la famille de la fille qu'il aime à nouveau). Ce tiraillement, est ce qui m'a plus dans un cadre plus général, de la part du réalisateur lui-même. Ici, on n'a pas du tout un film de propagande pro-progrès vs les fascistes. Les deux camps sont sévèrement critiqués : l'usine à troll est utilisée par le camp progressiste aussi, et ses éléments de langages plats sont habillement raillés, en étant utilisés parfaitement et hypocritement par Tomak afin de se faire embaucher (ce langage est tellement vide, qu'il convient à qui veut l'entendre sans fond et est facilement repris). Il ridiculise aussi ce parti en montrant la déconnexion de ses membres embourgeoisés méprisants. Niveau condamnation des fascistes, pas besoin de faire un dessin avec la mise en avant de leur complotisme, populisme, racisme et la violence terroriste. Au final, je suis bien incapable de savoir de quel bord est l'auteur, critiquant les deux. Au final, Tomak remporte la partie de façon cynique en exploitant tout, jusqu'à ses propres limites. La fille, l'honneur, la classe sociale, l'argent. C'est un peu trop beau, mais c'est cynique, j'aime l'idée pour sortir du manichéisme encore une fois (ça fait penser à Match Point de Woody Allen ce film dans son tout par ailleurs..) Niveau technique, la réalisation est plutôt soignée ! C'est très classique mais c'est propre, on film Tomak de près pour lire sur son visage ses états d'âmes, ses séductions.. Certains plans dont le tête à tête de fin pendant l'attaque me restent en tête, les scènes de danses aussi où l'acteur est excellent. Il est excellent tout court. Tout le monde est crédible d'ailleurs (vu en VOST).

J'aurais quand même qq regrets, notamment le cliché de la psychologie du fasciste que Tomak manipule. Un trentenaire sans activité, vivant chez sa mère, qui manie des armes et passe ses journées sur un jeu video... Jeu video sur lequel se passent les communications entre Tomak et lui, idée que je trouve débile, pour faire genre. Encore une accusation des jeux vidéos, en les utilisant mal (pourquoi créer des "cinématiques" qui font sortir du film ? Pourquoi ne pas simplement screener une partie de jeu où ils parlent tout simplement, quitte à user un jeu autant que ça ait une utilité, comme permettre à Tomak de simuler une camaraderie/amitié et pas juste être un sombre donneur d'ordre ne s'assurant pas la confiance du fasciste...).

Pour autant, c'est un point d'écriture qui même énervant ne gâche pas le film. Intéressant à regarder en somme.