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Ar nosurge: Ode to an Unborn Star (2014) - Jeu vidéo

Jeu vidéo de Gust et Koei Tecmo Games PlayStation 3 et PS Vita Jeu de rôle et visual novel 26 septembre 2014

Film Ar nosurge: Ode to an Unborn Star (2014)  - Jeu vidéo
SERVEUR 1

Préquelle indirecte de la trilogie de RPG Ar Tonelico et suite directe du visual novel Ciel no Surge, Ar no Surge est un jeu qui fait souffler un courant d'air frais agréable sur un genre qui sclérose depuis des années, à savoir le RPG japonais. Pourtant, si je revendique la note attribuée, ce n'est pas un jeu que j'irai recommander au tout venant. Il s'adresse à un public somme toute assez ciblé : ceux qui aiment assez la culture nippone pour ne pas être écœurés par ses atours fortement clichés, et qui sauront prendre les thèmes et messages avec assez de recul (pas au premier degré mais pas totalement en-dehors) pour en tirer le meilleur. Car si on n'appartient pas au public visé, il sera assez pénible de résister plus de trois heures à l'envie de lui asséner un 2/20 dans les gencives.

Mais avant même de parler de ces fameux clichés, le joueur devra dépasser un premier écueil : le visuel complètement à la ramasse. Oui, les graphismes sont vraiment à la traîne, on est plus proche du milieu de vie de la PS2 que d'une fin de vie de PS3. Certes, les graphismes, j'aurais pu passer outre si ça ne gênait pas la narration (en témoigne un certain NieR qui ne portait pas si mal ses années de retard) mais, pas de bol, c'est le cas de temps à autre. Rien de grave, de petites ellipses et autres mouvement précalculés cheap, mais quand même, on parle d'un jeu de 2014. Le character design, friand de lolis, nombrils à l'air et très petites culottes, risque d'en dégoûter pas mal assez rapidement également, même si on reste à des années-lumière d'un jeu Compile Hearts. Cependant, on ne peut nier qu'Ar no Surge se montre très cohérent entre son level design, sa narration et son univers. Certes, on n'arpente que des couloirs sans jamais croiser de pièges ou de labyrinthes ; et alors ? Nous sommes dans une colonie spatiale pensée pour être fonctionnelle, pas dans des ruines ancestrales conçues pour cacher un séculaire secret.

Cette notion de cohérence se ressent tout autant au niveau musical. Autant le reste de l'OST ne casse pas des briques pour être poli, autant les chansons -les Song Magics- valent le détour. Quelque part entre un NieR et un Drakengard 2, ces chansons amplifient les scènes cruciales sur le moment, et encore plus quand on prend le temps de découvrir leurs lyrics (écrits en japonais, en russe, mais aussi en langage informatique et en Hymmnos, la langue fictive de la série). Si vous êtes curieux, je vous invite à écouter (sans les lyrics, que vous lirez une fois que vous aurez fait le jeu) em-pyei-n vari-fen jang; Class::XIO_PROCEED ou Hidra Heteromycin. Ces "Song Magics" sont d'autant plus délectables que, du fait que les musiques d'ambiance sont moyennes (toujours pour rester poli), ces fameux thèmes n'en détonnent que davantage. Vous n'en êtes plus à la banale exploration d'un petit coin perdu, ni dans une simple bataille : vous êtes à la croisée des chemins, à la forge du destin. Sentez donc la solennité du moment et laissez parler votre volonté de réussir.

Présenté comme un hybride de visual novel, Ar no Surge offre une histoire assez conventionnelle, mais cet adjectif ne rime pas forcément avec médiocre. Faite de causes inconciliables toutes aussi valables les unes que les autres qui s'unissent contre un ennemi commun au terme d'une grande vadrouille, l'intrigue a beau ne pas être la plus renversante de l'histoire du genre, avec ses petites baisses de régime comme ses passages effrénés, elle témoigne d'une écriture soignée. Les événements s'enchaînent avec fluidité, les plot twists ne se voient pas venir de trop loin et on prend soin de ne jamais nous larguer benoîtement dans la nature en mode "démerde-toi" (même si on n'en dira pas autant de son déballage incessant de jargon fictif bien obscur au départ, ni de ses références bien opaques à Ciel no Surge). Cependant, au-delà de cette intrigue déjà beaucoup plus subtile et ambiguë qu'on ne s'y attendait pourvu qu'on se penche dessus, la plus grande valeur du jeu se trouvera bien dans les phases de Dive.

Le Dive correspond à la partie "visual novel" du jeu. Pour l'aider à développer de nouvelles Song Magics plus puissantes, notre avatar s'immerge dans les Genometrics, c'est-à-dire l'esprit de sa partenaire afin de l'aider à faire le point dans ses relations, pour être plus sereine et pouvoir user de chants plus complexes. Et ces passages sont de vrais bijoux d'écriture et de réflexion. Ça fait plaisir de voir un RPG capable de donner une telle profondeur à des personnages qui n'ont pas l'air si développés que ça, tout en délivrant des leçons transposables à la réalité sans jamais être démagogues ou moralistes (sois comme ci, sois comme ça). Moins que dans leur personnalité, c'est dans leurs relations que les personnages se montrent le plus complexes. Faits de dépendance comme de ressentiment, les liens qui les unissent et les entravent se développent au cours d'incursions nous démontrant à quel point une amitié de façade peut cacher de bien lourds secrets, et combien la pâleur de notre bonne figure s'écrase face à la noirceur du miroir de l'ego. Et ça fait plaisir de voir un RPG qui sait que le "monde mental" d'un individu ne se compose pas de couloirs et monologues hyper-sexualisés, mais de dilemmes et statu quo, qui contraignent l'observateur à un jeu d'équilibriste dans un ballet symbolique et surréaliste. Néanmoins, on ne peut que déplorer la sexualisation abusive des dialogues vers la fin du jeu, même si la relation de nos personnages a suffisamment évolué pour qu'ils en viennent à s'interroger réellement sur cet aspect de leur lien (qui a pensé à Xenogears ?) donc c'est un aspect qu'on pourra pardonner. Ou pas. C'est selon la tolérance de chacun.

Autrement dit, si vous voulez mesurer à quel point le relationnel n'est jamais aussi simple qu'il ne veut le sembler, Ar no Surge est un indispensable. D'une manière générale, si on est prêt à chercher la richesse dans un jeu qui n'a de classique que la surface, et non se faire servir de la richesse à la surface dans un jeu qui cherche à ne pas être classique, la porte est ouverte.

Mais un jeu vidéo, ce n'est pas seulement une histoire ou une écriture, sauf quand on parle des purs "visual novels", ce qu'Ar no Surge n'est pas : il s'agit d'un RPG avec des éléments de VN. Son gameplay repose sur de très bonnes idées pour un système hybride (quelque part entre un Radiant Historia et un Valkyrie Profile) qui se maîtrise facilement, qui gagne énormément en profondeur jusqu'à la moitié du jeu, et qui se montre à la fois lisible, dynamique et tactique. Le sentiment de puissance n'est pas en reste. Toutefois, si vous voulez vraiment en tirer le meilleur, passez directement en Hard, car le niveau Normal est beaucoup trop facile pour l'exploiter à fond, ou alors évitez de faire comme votre serviteur et de passer systématiquement tout le temps nécessaire à débloquer tous les équipements possibles. Dans ces conditions, le jeu devient une promenade de santé (sachant que cela s'accompagne de trèèèèèès longs dialogues, qu'on peut heureusement zapper sans souci). En outre, passé la moitié du jeu, quand on a enfin toutes les techniques de combat de notre protagoniste, on voit aussi, dès qu'on place deux ou trois coups, notre soutien renchérir d'une attaque de zone. Résultat, ça casse totalement le rythme de la baston en même temps que la stratégie qu'on avait mise en place. De quoi transformer des combats potentiellement grisants en véritables déboires.

Cohérent avec lui-même et affichant un jusqu'au-boutisme qui sera à la fois sa gloire et son tombeau, Ar no Surge offre une expérience qui ne sacrifie rien de qu'il veut montrer au profit de ce que le joueur voudrait voir ; ce faisant, il s'adresse au joueur qui veut voir ce qu'il a à lui montrer. Epopée dualiste qui emprunte beaucoup au paradoxe du prisonnier, ce jeu sera haï (incompris ?) par tous ceux qui ont jeté l'éponge devant la codification du RPG, mais il sera aimé et soutenu par ceux qui voudront le vivre au plus près, par-dessus l'épaule de ses personnages, et plus près encore. Saurez-vous tenter l'expérience ?