oxtorrent
Accueil » Jeux » Halo 5 : Guardians (2015) - Jeu vidéo

Halo 5 : Guardians (2015) - Jeu vidéo

Jeu vidéo de 343 Industries et Microsoft Corporation Xbox One et Xbox Series X/S FPS et action 27 octobre 2015

FPS d'action futuriste placé 8 mois après les évènements du quatrième épisode, où Master Chief est appelé à combattre pour la survive de l'univers.

Film Halo 5 : Guardians (2015)  - Jeu vidéo
SERVEUR 1

Halo est devenu un véritable produit de fan. Transcendant sa condition de jeu vidéo, l'univers s'est tellement développé par le biais de médias secondaires (livres, comics, séries, cinéma même ?) qu'il se surprend à singer la complexité nébuleuse d'un Star Wars. Le problème concernant Halo 5 en tant que jeu, c'est que le titre ne semble pas vouloir être apprécié indépendamment de la saga qu'il compose. Or pour ma part ce genre d'initiative m'emmerde profondément ; référencer ses aînés c'est honorable, baser l'intégralité de son scénario sur des faits que les joueurs sont censés connaître par l'intermédiaire de livres ou que sais-je encore, c'est tout simplement se couper (bêtement) d'une partie de son public.

Halo 5: Guardians adopte donc le parti-pris culotté de ne s'adresser qu'aux fans intégristes de la saga, ceux-là uniquement capables de décrypter les petits détails parsemant l'indigence de son scénario, et d'avoir la patience de supporter ce cliffhanger final affreusement forcé (en attendant Halo 6 l'année prochaine ?). Pour les autres, il restera une campagne mi-figue mi-raisin portée par un scénario incompréhensible, où aucun enjeu ne semble faire sens (enfin si en fait, à la fin, celle que l'on aura l'occasion d'apprécier l'année prochaine donc). Ne nous méprenons pas : le jeu reste un moment assez divertissant le temps qu'il dure, d'où une notation plutôt clémente de ma part, mais son manque flagrant d'ambition ne l'aidera pas à en faire un titre durable dans la ludothèque Xbox One.

La campagne solo peut se parcourir en 8 petites heures, le temps de récupérer quelques machins à collectionner et de recommencer certains passages un peu ardus en difficulté héroïque. Il est toujours possible de la parcourir en coop, c'est même d'ailleurs vivement conseillé tant l'IA alliée est à la ramasse (l'exact opposée de l'IA ennemie, toujours impeccable pour sa part). Concernant les environnements traversés et le rythme général des missions, on oscille entre le très mauvais et l'excellent. Si certaines aires de jeu se révèlent (très) grandes et riches en possibilités tactiques, on n'échappera pas à quelques missions-tunnels exaspérantes, surtout vers la fin du jeu (de ce côté-là, le seul niveau arrivant à se démarquer est la séquence d'introduction de l'équipe bleue, camouflant habilement son grand couloir sous une ambiance très réussie). Après un Halo 4 où 343 Industries tentait timidement de redémarrer la série sur les bases posées par le premier épisode, Halo 5 s'inspire lui davantage de Halo 2, épisode populaire mais sans doute un des moins réussis de la série (du moins en ce qui concerne le canon principal) à mon sens. Le résultat est une campagne globalement sympathique mais trop rapidement pliée, et peinant à se forger une véritable personnalité, coincée entre un cahier des charges strict et une volonté de modernité affichée.

Heureusement, certaines missions (notamment un milieu de campagne intense et bien rythmé, tranchant radicalement avec le premier acte et le final) se révèlent suffisamment réussies pour supporter sans broncher un retour dans un mode de difficulté supérieur, ou avec des amis (voire les deux à la fois), même si à l'heure du bilan difficile de ne pas pester contre ce goût de trop-peu et ce scénario en autopilotage. Le fait d'alterner entre deux équipes et deux protagonistes n'arrange rien, surtout quand les missions avec John 117 ressemblent davantage à des rustines scénaristiques. Quant à Cortana, je ne vais même pas m'engager sur ce terrain glissant, tant le traitement du personnage me donne envie d'éventrer des pingouins rien que d'y repenser.

Parlons plutôt des bonnes choses. Le gameplay pour sa part est toujours aussi nerveux, on aura droit à des petits ajouts atténuant légèrement les sensations lunaires typiques de la série au profit de raffinements plus en phase avec l'époque : dash, frappe chargée, frappe aérienne. Que l'on approuve ou non la démarche, force est de constater que ces petites nouveautés dépoussièrent efficacement un modèle vieillissant, et après un petit temps d'entraînement on prendra un certain plaisir à chercher les coins offrant les meilleurs avantages tactiques sans sacrifier l'intensité des escarmouches. Avec des alliés compétents (donc pas d'IA on a dit), les affrontements prennent tout leur sens et rappellent alors certains des meilleurs moments de la série (Halo 3 et Reach notamment). Difficile ceci dit de ne pas penser à Destiny, tant l'inertie et le rythme des combats semble calqués sur le titre de Bungie. Loin d'être une mauvaise référence, c'est surtout symptomatique d'un jeu et de développeurs pas encore suffisamment matures pour tenter sortir de l'ombre de leur grand frère.

Bon point concernant la technique, 343 Industries s'est décidé à viser les 60 images par seconde constantes, et ce sur l'ensemble des modes. Une philosophie poussée de plus en plus par les jeux Xbox One first party et qui est salutaire, tant la fluidité de jeu devrait primer sur la fidélité visuelle. Dans le cas présent il est particulièrement appréciable de pouvoir bénéficier de la même expérience de jeu en solo, en coop ou en multi, même si pour cela quelques compromis ont été nécessaires. En premier lieu, exit le multijoueur en écran splitté, trop gourmant en ressources ; un peu dommage quand on a connu Halo 3, mais compréhensible. En second lieu, cette fluidité exemplaire n'a pu être atteinte que par le biais de gros compromis graphiques, et notamment sur la résolution. Plutôt que de baisser le niveau de détail général, les développeurs ont adopté un système de résolution dynamique occasionnant sur les scènes les plus chargées un aliasing à s'en scier les yeux. L'ensemble reste agréable à regarder, mais déçoit quelque peu, même pour de la Xbox One. Passer d'une scène bien définie à une espèce de bouillasse aliasée et floue lors de la mission suivante a aussi le don de nous sortir du jeu, même temporairement ; heureusement, la direction artistique permet (dans la plupart des cas) de sauver les meubles.

Les sensations sont dans l'ensemble plutôt réussies. Si les armes manquent toujours de patate et d'originalité (une caractéristique de la série), elles sont servies par de bons effets sonores. Les musiques quant à elles sont excellentes. La série Halo a toujours brillé par ses compositions sonores, et ce cinquième épisode ne fait pas exception, il se pose même en un de ses plus dignes héritiers. Je passerai rapidement sur les interprétations sonores, sans doute excellente mais pourrie par une version française affreuse. Entre les traductions approximatives et les dialogues monocordes, quelques doubleurs arrivent à tirer leur épingle du jeu mais ne réussissent pas à sauver l'ensemble du naufrage. Le pire reste l'annonceur multijoueur, à l'inverse un peu trop enthousiaste, rigolo environ 15 secondes, avant de vouloir chercher son adresse dans le bottin pour aller planter des corbeaux morts sur la porte de son domicile (ce jeu me rend définitivement misanthrope).

Reste à aborder le point le plus important : le multijoueur compétitif. Sauf que non en fait, c'est de la merde. Quitte à recopier ce qui se faisait un peu partout ailleurs, les développeurs de 343 Industries avaient le choix entre reprendre le système ultra-complet de Halo 3, avec des cartes petites, moyennes et grandes, des modes de jeu à foison, la possibilité de jouer en public avec des règles de jeu personnalisées, ou reprendre Destiny avec ses 5 playlists se battant en duel pour savoir laquelle sera la plus chiante. Devinez donc quelle approche a été retenue ? Réfléchissez bien, et si vous me répondez Halo 3, félicitations, contrairement à certains il vous reste une once de bon sens, mais il faut arrêter de vivre 8 ans dans le passé maintenant, la vraie vie vous attend. Histoire de tenter de camoufler un minimum cette mascarade, on a droit à un nouveau mode de jeu à plus large échelle, sorte de MOBA ultra-light qui n'est pas sans rappeler Titanfall dans son approche. Le but est de capturer et défendre des points sur une carte peuplée de quelques PNJs apparaissant à intervalles réguliers et permettant de gonfler rapidement son score d'équipe. La partie se termine quand une équipe atteint 1000 points, ou capture l'ensemble des postes de la carte, ce qui lui permettra d'accéder à la base ennemie et de détruire son générateur. Sans respirer l'originalité, le mode se révèle toutefois amusant le temps de quelques parties, quand bien même on en aura vite fait le tour, avec trois uniques maps pour le moment. Un système de cartes (en nombre limité) est en vigueur pour récupérer véhicules et armes lourdes, généralement le temps de sortir de la base, se faire défoncer de loin par XxXk3vinz0rPgMxXx, et attendre de pouvoir réutiliser une autre carte un peu plus tard. Inutile, donc (avec en bonus un immense panneau lumineux "MICROTRANSACTIONS" placé au-dessus). Le véritable problème de ce mode de jeu, et sans vouloir insinuer que les joueurs de Halo possèdent un QI équivalent à celui d'une huître ayant trop joué à Killzone (oups), c'est l'absence totale de cohésion d'équipe, voire même de sens commun tout court, alors que dans un match à objectifs la très grande majorité des joueurs se contentent de jouer à pan-pan-tue-tue sur les mêmes coins de la map (mon ratio, mon précieuuuuux). Reste le mode Forge, pas encore disponible à l'heure actuelle. Ce sera peut-être/un peu/sans doute/certainement/vraisemblablement (rayez la mention inutile) bien, allez savoir.

Bref, sans être catastrophique, le Halo nouveau déçoit forcément, alors qu'il était annoncé comme nouveau porte-étendard de la console de Microsoft, sa campagne en demi-teinte peinera à convaincre les joueurs moins acquis à la cause de la série, et son multijoueur ne divertira qu'une poignée d'heures avant de se montrer répétitif (la base-même d'un bon mode multijoueur, vous me direz, sauf qu'ici le titre dévoile trop rapidement ses faiblesses). Beaucoup de joueurs trouveront certainement à redire à cette assertion, mais pour en revenir à mon paragraphe d'ouverture, Halo est devenu un produit de fan. Si vous en êtes un(e), votre voyage devrait se dérouler sans encombre, si toutefois pour vous la série n'est qu'une saga parmi tant d'autres, difficile de ne pas voir en cet épisode un jeu parmi tant d'autres.