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Modern Love - Série (2019)

Série de John Carney Comédie et romance 2 saisons (en cours) Prime Video 30 min 18 octobre 2019

L'exploration de l'amour sous ses formes multiples, y compris sexuelles, romantiques, familiales, platoniques... Basé sur les articles de la rubrique "Modern Love" du New York Times.

Film Modern Love - Série (2019)
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À l'approche d'Halloween, époque où fleurissent habituellement les anthologies horrifiques sur les chaînes et plateformes de streaming, Amazon Prime Video fait le choix de la contre-programmation la plus inattendue qu'il soit en sortant une anthologie... romantique. Mais, ici, point de romcoms formatées à l'extrême comme on en croise trop souvent, non, "Modern Love" se compose d'histoires d'amour se voulant, malgré l'utilisation de certains codes inhérents au genre, ancrées dans une réalité plus proche du quotidien urbain car toutes sont adaptées d'essais issus de la chronique hebdomadaire éponyme du New York Times. Pour chapoter tout ça, on retrouve le talentueux John Carney, auteur de "Once", "New York Melody" ou encore "Sing Street" et donc un choix très judicieux vis-à-vis de cette approche grâce à sa capacité à jouer dans cette entre-deux romantique de réalité et de fiction (il sera à l'écriture et à la réalisation de quatre épisodes plus le dernier qu'il coécrit avec Tom Hall).

ÉPISODE 1 (7/10): Par l'intermédiaire de son premier épisode mettant en scène la relation de Maggie (Cristin Millioti) avec le portier de son immeuble, "Modern Love" démontre que la série est bien là pour parler d'amour mais sous toutes les formes que peut recouvrir ce sentiment. L'amour est bien présent entre ces deux personnages mais il s'exprime par une forme de bienveillance platonique, une sorte de lien père-fille de substitution qui se dessine au fil du temps avec ce portier albanais épris d'affection pour cette jeune femme isolée des siens. Cet épisode pose également l'ambiance de la série : dans un New York à la frontière de la réalité et de l'idéalisation, le traitement visuel prend vraiment le ton d'une chronique en saisissant les instants fugaces d'une tranche de vie de ses personnages et en nous enfermant dans leur intimité où chaque regard a son importance afin de traduire un état d'âme. Les codes de la comédie romantique sont bien présents mais ils ne prennent jamais le pas sur une émotion toujours prompte à s'exprimer naturellement. Bref, pour une entrée en la matière, "Modern Love" réussit son pari avec "When the Doorman Is Your Main Man", un épisode mignon (pas au sens mièvre du terme mais attachant) où l'évolution de la relation en son cœur s'avère touchante jusqu'à son terme.

ÉPISODE 2 (8/10): Cependant, c'est réellement avec "When Cupid Is a Prying Journalist" que la série prend toute son ampleur ! Pour nous relater une rencontre amoureuse, la première partie de l'épisode fonctionne déjà admirablement bien avec Joshua (Dev Patel), ce jeune créateur d'une application de rencontres se confiant sur un échec sentimental à une journaliste, toutefois, c'est vraiment la seconde moitié où les rôles s'inversent qui atteint des sommets. Emmenée par une formidable Catherine Keener et un invité surprise, cette deuxième partie d'épisode met en relief avec une justesse incroyable l'idée qu'une histoire d'amour interrompue peut influer sur le cours de toute une vie. Bouleversant jusqu'à emporter sa conclusion dans un souffle romanesque irrésistible, ce deuxième segment de "Modern Love" fait battre notre petit coeur tellement fort avec ceux de ses protagonistes que l'on ne peut qu'espérer que le reste soit du même niveau.

ÉPISODE 3 (8/10): Bonne nouvelle, c'est encore le cas de cet excellent "Take Me as I Am, Whoever I Am" emmené par Anne Hathaway ! Forcément, vu le passif de la comédienne dans le registre romantique, le début de l'épisode en joue avec jubilation pour nous présenter Lexi, son personnage a priori extraverti sentimentalement lors d'une rencontre virant à la comédie musicale dans ses pensées. Mais, comme elle le dira elle-même, la vie de Lexi n'est pas un "La La Land" perpétuel car le jeune femme souffre en réalité de troubles bipolaires extrêmement graves que l'on va découvrir dans ce début de relation contrariée. La condition de cette héroïne va permettre à John Carney d'offrir un des épisodes les plus imaginatifs au niveau mise en scène à travers un génial plan-séquence théâtral résumant l'intégralité d'une vie ou un faux générique rétro toujours issus de l'imagination de Lexi mais la versatilité involontaire des facettes du personnage va surtout être l'occasion pour Anne Hathaway de livrer un grand numéro d'actrice, notamment lorsque la variation de personnalité intervient avec ce vide dépressif qui paraît engouffrer totalement Lexi dans des abysses sans fond. C'est d'ailleurs tout l'épisode dans son ensemble qui pose ici un regard sincère sur ce mal trop souvent passé sous silence, l'isolement ou la dualité quasi-schizophrénique (judicieusement mise en parallèle avec l'image glamour d'une star hollywoodienne et la noirceur qui s'y cache derrière) qu'il induit sont ici traités frontalement à travers Lexi, personnage gagnant instantanément notre empathie et pour lequel on espère une évasion prochaine de cette cage psychique à laquelle son état le condamne. Deuxième sommet de cette anthologie donc !

ÉPISODE 4 (6/10): En s'attachant à la communication devenue impossible d'un couple marié depuis de nombreuses années, "Rallying to Keep the Game Alive" est un épisode beaucoup plus classique que les propositions précédentes. Alors, certes, Tina Fey et John Slattery se renvoient la balle avec une vraie jubilation et le ton doux-amer de l'ensemble où le conflit constant gouverne cette relation emporte au final notre adhésion mais ce segment emprunte bien trop de chemins déjà parcourus maintes et maintes fois dans ce type d'histoire pour surprendre réellement.

ÉPISODE 5 (7/10): Rien de tel qu'un un séjour hospitalier pour apprendre à se connaître ! C'est ce que nous prouve "At the Hospital, an Interlude of Clarity" en racontant le deuxième rendez-vous de Yasmine (Sofia Boutella) et Rob (John Gallagher Jr) qui, suite à un accident, se retrouvent tous deux contraints de passer une nuit à l'hôpital. Dans un sens, cet épisode est celui qui colle le plus au "Modern Love" 'intitulant la série. En effet, dans ce lieu où notre vulnérabilité se retrouve obligatoirement mise en exergue, ce couple en devenir se retrouve dépouillé des "masques" et autres artifices que la modernité de notre société nous contraint à arborer lors d'un rendez-vous. Débarrassés de leurs apparats, les personnages vont se livrer, ouvrir leurs failles et finalement en revenir à l'essentiel de ce sur quoi doit se bâtir une relation amoureuse durable. S'il n'est peut-être aussi fort que les épisodes 2 et 3, il n'en reste pas moins très attachant, l'alchimie entre Sofia Boutella et John Gallagher Jr transpire à l'écran et la démonstration de l'épisode sur ces rendez-vous faussés par la superficialité de notre monde est on ne peut plus pertinente.

ÉPISODE 6 (5/10): "So He Looked Like Dad. It Was Just Dinner, Right?" met probablement en scène la relation la plus ambigüe de la série en se centrant sur Maddy (Julia Garner), une femme-enfant en manque affectif d'un père mort trop rapidement. Son lieu de travail lui permet de croiser la route de Peter (Shea Whigham), un chercheur d'âge mûr lui rappelant énormément son paternel. Leur rencontre va déboucher sur une "liaison" où chacun n'aura forcément pas les mêmes attentes vis-à-vis de l'autre... Si cet épisode se focalise sur une dépendance amoureuse extrêmement tordue, il est paradoxalement le plus ennuyeux de la saison en ne semblant pas trop savoir comment dépasser son idée de départ sur la durée sinon par ses conséquences les plus bizarrement attendues. À vrai dire, seuls la performance du duo Julia Garner/Shea Whigham (quelle superbe idée d'avoir réuni ces deux acteurs !) et les derniers instants réussis arrivent à maintenir notre intérêt.

ÉPISODE 7 (8/10): Tobin (Andrew Scott) et Andy (Brandon Kyle Goodman), un couple gay, décident d'avoir recours à Karla (Olivia Cooke), une mère porteuse, afin d'avoir un enfant mais cette dernière au caractère bien trempé va bientôt semer la zizanie au sein de leur quotidien. "Modern Love" devait bien à un moment ou à un autre se pencher sur l'acte d'amour ultime que peut représenter la naissance d'un enfant et il le fait dans la logique de la modernité de son concept en s'attachant au parcours du combattant que peut représenter une telle étape pour un couple homosexuel. Le meilleur moyen de concevoir, la paperasse administrative, l'attente interminable et, enfin, une mère porteuse pas forcément alignée sur la même ligne de conduite que les futurs parents... "Hers Was a World of One" nous fait partager non sans humour la jungle traversé par ce couple (en le comparant d'ailleurs à un documentaire animalier) jusqu'à la pénible cohabitation avec la future génitrice de leur enfant. S'il reste dans un premier temps léger en confrontant les modes de vie radicalement différents de ce trio réuni malgré lui, l'épisode n'en oublie pas pour autant de faire exploser l'émotion partagée par les personnages dans l'aboutissement de cet événement qui ne peut que changer à jamais leurs vies respectives. Avant l'arrivée du bébé, il y a en effet cette jeune maman qui va faire évoluer le regard de ce couple, le contrarier également parfois mais surtout le réunir et lui offrir le bonheur de l'acceptation d'être parent dans une situation pas forcément comme les autres. Encore un épisode signé par John Carney, encore une réussite et, cette fois, sublimée par l'interprétation sans faille d'Olivia Cooke et d'Andrew Scott (déjà fabuleux en prêtre dans "Fleabag").

ÉPISODE 8 (8/10): Après la naissance, "The Race Grows Sweeter Near Its Final Lap" nous envoie à l'autre extrémité de la vie avec le dernier amour vécu par Margot (Jane Alexander). D'une densité émotionnelle assez dingue, l'épisode nous fait vibrer avec cette ultime rencontre dont on découvre les prémices pendant que son inévitable issue se profile. Alors que l'on croit le point culminant de l'épisode atteint avec la superbe séquence du discours prononcé par Margot (dur de ne pas y laisser quelques larmes), celui-ci nous réserve une deuxième partie en forme de feu d'artifice final à la série. On en taira la teneur mais sachez juste que l'on ne pouvait pas imaginer plus belle conclusion à cette pluralité d'histoires d'amour...

BILAN: Comme toute anthologie, "Modern Love" aura connu des hauts et des bas mais les premiers l'emportent haut la main sur les quelques baisses de régime qu'à pu connaître la série au fil des épisodes. Ceux écrits et realisés par le showrunner de la série, John Carney, se seront placés sans conteste au-dessus de la mêlée en termes d'impact émotionnel (les épisodes 1, 2, 3, 7) mais également celui de Tom Hall (épisode 5) et le dernier logiquement concocté par les deux compères. On aura adoré se perdre aux quatre coins de New York pour partager les tergiversations intimes de la plupart de ses personnages dans ce chassé-croisé sentimental à grande échelle et où la définition de l'Amour avec un grand A revêt bien des formes dans une société en constante évolution. Les sourires provoqués par les tout derniers instants de la série seront les meilleurs témoins de notre appréciation d'une des représentantes les plus pertinentes du genre romantique par son approche, sa modernité et sa justesse. Si saison 2 il y a, on sera évidemment là à nouveau pour faire vibrer nos cœurs à l'unisson avec elle...